FOUS DE PECHE
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Un vrai cauchemar :

 

Hier soir, je me suis endormi en pensant aux nombreux et pertinents messages que les visiteurs postent sur le forum de notre site Internet " Fous de pêche " Le contenu de ces messages et leurs nombreuses fautes d’orthographe m’avaient-ils perturbé, voir traumatisé ? Avais-je dîné un peu trop lourd de ce délicieux pâté de tête arrosé d’un merveilleux Chablis? Ou n’avais-je en cette soirée lourde et orageuse, chargée d’électricité, qu’une imagination un tantinet plus exacerbée qu’à l’accoutumée. Allez savoir...

Bref je fis un cauchemar affreux. Laissez-moi vous le narrer en une courte nouvelle. Vous m’en direz des nouvelles, vous allez vous marrer...

Je pêchais au coup sur un plan d’eau qui m’est familier. Arrivé dès potron-minet comme à mon habitude (en clair il faisait encore nuit) je m’installai dans le jour à peine naissant. Je mouillai d’abord mon amorce pour lui laisser le temps de gonfler, puis je plantai mes piquets et déballai cannes, bourriche, épuisette, appâts... Je gaze, vous connaissez la profusion de matériel que traîne derrière lui, dans son chariot, le pêcheur au coup et le scénario d’une installation.

Ce n’est que ces préparatifs achevés, alors que je me juchai sur mon panier-siège parfaitement calé, que je pris conscience qu’il se déroulait d’étranges scènes ce jour-là sur l’étang dont l’eau, elle-même, avait une couleur inhabituelle : jaune fluo, tout comme le nylon dont vous garnissez vos moulinets pour pêcher aux leurres, si vous voyez ce que je veux dire.

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises, comme on dit. Je vous laisse juges. C’est parti !

  • Un brochet vautré sur un nénuphar fumait un gardon gros comme le bras (Notons au passage que le brochet aime le poisson fumé, cela vaudrait peut-être le coup de le pêcher au bouffi voir au kipper-manié) Entre deux herbiers, les autres gardons et leurs cousins rotengles, las de lui servir de garde-fumer gardaient leurs distances et par prudence montaient la garde à tour de rôle.

  • Lascivement étendues sur un tapis de lentilles d’eau, des tanches, un peu grasses (genre baigneuses de Renoir) se remaquillaient devant une carpe-miroir avant de rejoindre leurs compagnes qui allaient et venaient sur un trottoir aquatique de myriophylles en agitant leur petit sac à main comme un pendule et en lançant des bécots pour se faire remarquer des chalands.
  • Une meute de perches, en soufflant à pleine vessie natatoire dans leurs trompes de chasse, chassait à courre un épagneul breton débusqué d’une touffe de massettes de bordure où il tenait à l’arrêt un héron-petit-patapon-cendré.
  • Des sandres (probablement déposées dans une urne par le brochet pétuneur) examinaient religieusement le montage en pater-noster d’un pauvre pêcheur disciple de St Pierre. Une athérine-prêtre, montée du littoral méditerrannéen via un fleuve cotier, le canal du midi et dieu seul sait ensuite par quelles voies impénétrables du seigneur, s’était déplacée pour la circonstance.
  • Deux vandoises repeignaient un banc d’ablettes écaillé par les intempéries de l’hiver.
  • Des perches-soleil, en partie cachées par de gros nuages noirs d’orage, tiraient sur de fines ficelles pour faire monter toujours plus haut les larges brèmes-carpées qui leur servaient de cerfs-volant.
  • Pas une poule d’eau, pas un foulque, pas un grèbe huppé ne voguait sur l’étang. Le couple de cygnes lui-même avait éloigné sa nichée de ces turpitudes. Seuls des canards en plastique, blettes agencées en un ordre étudié par des chasseurs de gibier d’eau, cancanaient de temps à autres en dansant sur les vaguelettes argentées pour attirer ces vrais canards de passage en chair et en plumes qui se grattent toujours du même côté.

  • A mes pieds sur une plage de menus graviers, de jeunes vairons prenaient leur p’tit dèj dans des bols en verre où grouillaient de petits vers ronds de terreau, en flocons.
  • Sur la tablette à portée de main gauche, échappés de leurs boites à trous respectives, les asticots, en jupon et bas de soie, dansaient le french-cancan sur un rythme effréné pour appâter la galerie tandis que les vers de vase se saoulaient en vidant mes tubes de mystic.
  • Des poissons-chats se frottaient aux anneaux de ma longue bourriche en nylon, en guignaient le contenu en miaulant hypocritement.

Dans la rivière qui épouse les contours de l’étang sur une grande longueur, ce n’était pas mieux. Tenez-vous bien !

  • Une mouche de mai pêchait la truite fario à l’homme-noyé.
  • Les chevesnes, du plus gros garbeau au plus petit garbotiau, défilaient en chantant " Meunier, tu dors. Ton moulin, ton moulin va trop viii-teu... "
  • Une longue truite arc-en-ciel enjambait de ses sept couleurs (y compris l’indigo) le pont de bois qui lui-même enjambait un bras de la rivière. En effet en cet endroit elle peut jouir de ses deux bras contrairement aux cours d’eau du Cotentin qui n’en comporte toujours qu’un.
  • Dans une queue de pool au soleil, des ombres attendaient que l’astre du jour tourne pour profiter de l’ombre des grands peupliers pliés sous l’action du vent en gobant des araignées du matin-chagrin.

Enfin le garde-pêche, vêtu d’une veste en carpe-cuir, passa et m’informa que sur le territoire de la commune il est interdit de pêcher la carpe commune mais que la prise d’un ombre commun est tolérée à condition d’ajouter à son eau de cuisson un bouquet de thym. Là-dessus il m’a demandé si j’avais mon permis de conduire. Ne l’ayant pas sur moi, j’ai noyé le poisson en lui racontant que je l’avais laissé dans les canons de mon fusil de chasse entre mes lunettes polarisantes et " Le fly-fishing " du lord Grey of Fallodon qui me sert de livre de chevet.

 

 

 

 

 

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